Mustapha Tossavendredi 10 novembre 2023 - 08:37
La guerre que mène Israël conte la Bande de Gaza a entamé le second mois de son existence dans une sanglante routine. Les bombardements quotidiens se suivent et se ressemblent et exportent au monde entier les presque mêmes images de destruction. Les réseaux sociaux regorgent de scènes incarnées de civils palestiniens sous les bombes, privés presque de tout, dans une prison où les murs se rétrécissent au fil des jours.
Les tournées et les postures diplomatiques se suivent et se ressemblent. Aucun n’évoque un cessez-le-feu dans cette guerre, comme s’il s’agissait d’une vision impossible à imaginer. Les demandes formulées par les uns et les autres ne dépassent pas le seuil d’une trêve humanitaire pour pouvoir apporter les aides d’urgence et soigner les blessures les plus vives.
Il est vrai que sur le plan de la démarche diplomatique pure, exiger un cessez-le-feu nécessite un arsenal de pressions auquel personne aujourd’hui, Américains, Européens en tête, ne veut faire appel. Washington et Bruxelles avaient donné au lendemain des événements tragiques du 7 octobre, une forme de chèque en blanc à l’armée israélienne pour réaliser l’objectif stratégique qu’elle s’était fixé, le prix de la vengeance et des représailles, l’éradication du Hamas.
Pour tous ceux qui ont adoubé Israël dans ce projet militaire, il parait inimaginable d’exiger aujourd’hui un cessez-le-feu tant que sa réalisation sur le terrain n’a pas encore été constatée. La politique des Américains et des Européens est de donner plus de temps à l’armée israélienne pour créer sur le terrain de nouvelles réalités militaires et politiques.
Il faut dire que cette approche a été encouragée par les certitudes acquises récemment par la communauté internationale qu’il n’y aura pas de déflagration ou de guerre régionale. Un des forts indicateurs de cette tendance, a été donné par le dernier discours du chef du Hezbollah libanais, Hassan Nasrallah, bras armé de l’Iran dans la région. Nasrallah a volontairement écarté tout risque d’intervenir dans ce conflit, se contentant de se mettre en position de self-défense dans le cas où le Liban est attaqué par Israël.
Une fois l’hypothèse de guerre régionale et d’un embrasement écartée, confirmée par les déclarations officielles iraniennes, le cessez-le-feu n’est plus une exigence politique d’une urgence absolue. L’heure est à la guerre contre le Hamas. Et si cela devait passer par les pires dommages collatéraux, Washington et Bruxelles n’y voient pas encore matière à exiger un cessez-le-feu. Tout juste mènent ils un activisme diplomatique de basse intensité pour demander une trêve humanitaire.
Ceux qui s’accrochent à cette trêve humanitaire envisagent, outre de procurer une aide d’urgence à cette population palestinienne sinistrée, une stratégie par étapes. La trêve peut préparer les esprits et habituer les protagonistes à un silence des armes propice aux multiples compromis. La trêve offre la possibilité de dérouler des arguments de négociation, notamment sur des points névralgiques de cette crise comme le sort des otages israéliens détenus par le Hamas.
Ni les manifestations gigantesques à travers le monde, ni le positionnement diplomatique du monde arabe et musulman qui aura l’occasion d’exprimer son exigence d’un cessez-le-feu lors de rencontres diplomatiques au somment en Arabie saoudite ce week-end, ne semblent pour le moment convaincre Israël de changer de stratégie et de décréter un cessez-le-feu.

Aujourd’hui, le plafond demandé par le communauté internationale est l’instauration de pauses et de couloirs humanitaires. Et dans ces milieux diplomatiques mobilisés par ce conflit, l’urgence n’est pas tant d’arrêter la guerre aujourd’hui que d’évoquer les scénarios de l’après guerre.
Ainsi, le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu a fait savoir qu' »Israël assurera, pour une durée indéterminée, la responsabilité générale de la sécurité« , tandis que d’autres plans circulent sous le manteau médiatique comme le déploiement futur d’une force onusienne du style Finul au Liban ou même la gestion de la bande de Gaza par une autorité mixte composée par des pays européens et arabes.
Mais l’hypothèse la plus proche de la réalité est de confier à l’autorité palestinienne dirigée par Mahmoud Abbas la gestion de la Bande de Gaza comme il gère déjà la Cisjordanie. Tous ces scénarios ne sont envisageables que s’il y a la fin de cette guerre, avec ce cessez-le-feu impossible à obtenir aujourd’hui.
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